La sportive saine et naturelle
Jean confortable, casque sur la tête, cheveux au vent, barre de céréales et boisson isotonique dans le sac-à-dos, Betty Grannysmith, dévale la pente à toute berzingue sur son VTT élite au cadre en titane.
Aujourd’hui, les routes étant un peu glissantes, elle a renoncé aux rollers-in-line, ayant manqué de se faire écraser par un chauffard la semaine dernière.
Betty Grannysmith, dite Pommeverte, travaille dans la salle des marchés de la Royal Bank of Swaziland. De père néo-zélandais et de mère autrichienne, elle a puisé dans son cercle familial, le goût du sport et des choses saines.
Jean confortable, casque sur la tête, cheveux au vent, barre de céréales et boisson isotonique dans le sac-à-dos, Betty Grannysmith, dévale la pente à toute berzingue sur son VTT élite au cadre en titane.
Aujourd’hui, les routes étant un peu glissantes, elle a renoncé aux rollers-in-line, ayant manqué de se faire écraser par un chauffard la semaine dernière.
Betty Grannysmith, dite Pommeverte, travaille dans la salle des marchés de la Royal Bank of Swaziland. De père néo-zélandais et de mère autrichienne, elle a puisé dans son cercle familial, le goût du sport et des choses saines.
Elle ne connaît que cellu-light et jus d’orange, les compléments alimentaires vitaminés qui dopent ses performances sportives.
Pommeverte est trentenaire à demi ou bientôt quadragénaire (technique du verre vide ou du verre plein). Si l’âge est un plus au niveau de l’endurance – plus on s’entraîne, plus on devient résistant à l’effort –, ses 35 ans la gênent au niveau de la dégénérescence de ses organes et de ses cellules. Elle veut absolument battre des records et a donc choisi de se droguer.
Mais, non… pas avec de la Marie-Jeanne ou de la cocaïne, mais de manière plus subtile.
Pommeverte se bourre quotidiennement de gélules, poudres, sirops, compléments alimentaires, vitamines, oligo-éléments, suppléments protéinés afin de doper son cerveau et son organisme. En revanche, elle refuse catégoriquement de prendre la pilule, trop chimique. De toute façon, Helmut et elle, préfèrent à la bagatelle, les séances de coaching sportif, stretching, petites foulées, sprints, musculation et assouplissements. Leur programme chargé ne leur permet guère de coïter qu’entre deux séances d’entraînement, le mercredi à 13h ou le dimanche à 11h.
Lorsqu’elle ne fait pas des pointes (pas de danse, mais d’athlétisme… suivez un peu !), Pommeverte fait de la varappe, de la haute montagne, du deltaplane et du kite surf.
Garçon manqué, Pommeverte régate avec les mâles, travaille avec des boursiers survoltés, discute avec des amateurs éclairés de sports mécaniques, part en vacances avec des montagnards et rigole aux blagues des mecs.
Semblable à eux, fesses carrées et dos en trapèze, ils la considèrent comme une des leurs. Tapes viriles dans le dos, poignées de mains franches, petit coup de poing sur le menton ou la poitrine (inexistante), gouaille vulgaire, discussions d’arrière-train.
Pommeverte adore ça et se sent reine au milieu des roitelets. En fait, elle ne se sent pas féminine pour deux sous, sauf en ce qui concerne la protection de son derme. Démaquillant à la camomille, crème anti-rides Q10, crème solaire anti-taches, lotion après solaire ultra-régénérante… on a beau dire, être le pote des gars, c’est bien, mais être reluquée par eux, c’est mieux.
Parfois, Pommeverte essaie de se la jouer Pretty Woman en enfilant robe moulante et talons. Inutile de préciser qu’elle a la grâce du poulain lors de ses premiers pas. Sa robe garde les traces gondolées de ses grandes enjambées et ses chevilles, celles de l’entorse dans l’escalier menant au rez-de-chaussée.
Trois semaines d’arrêt sportif… on ne l’y reprendra plus !
Quelle horreur pour une hyperactive que d’être confinée sur sa chaise, son fauteuil ou son canapé ! Pommeverte s’ennuie ferme, car toute sa vie est rythmée, voire minutée par les sports et loisirs. C’est une discipline de fer. Pourquoi s’impose-t-elle ce calvaire ? Euh, ben, parce qu’elle redoute de devenir un chewing-gum mollasse et de n’être qu’une femme comme les autres.
Tandis que là, on l’admire, on peine à la comprendre, on l’applaudit derrière les banderoles, on la photographie sur les podiums, on lui offre des sacs de sport, on lui épingle des dossards mythiques sur la poitrine, on la compare à une championne… pour rien au monde, elle ne redeviendrait Cendrillon, voilà !
Le sport n’est-il pas le culte de l’éternelle jeunesse ? Le renoncement à la facilité ? Le goût de l’effort et de la rigueur ? Le fair-play ? Le dépassement de soi-même… et des autres ? La promesse à l’éternel ? Aux annales de l’histoire (en tous cas, la sienne) ?
Pommeverte l’ignore, mais a pour devise d’être extrême en toutes circonstances. Elle ne fait rien à moitié, car elle aime les gens entiers. Inutile de sortir le vélo pour cinq kilomètres ou un petit quart d’heure. On n’est pas à Château-Rouge dans l’équipe des mordus de la pédale du dimanche. C’est cent cinquante bornes ou rien ! On n’est pas des tapettes !
On n’enfile pas sa combinaison de nageuse Arena et ses goggles pour un misérable petit kilomètre. Après sept mille mètres en crawl-dos crawlé-papillon soutenus, vous pouvez sortir de la ligne (et arrêtez de feindre l’évanouissement) !
Grannybaby ne part pas en montagne sans son baudrier, son pic à glace, son piolet et ses crampons… c’est pas une sportive d’opérette !
Pommeverte part faire du kite à Hawaï dans l’attente de la vague mythique… c’est quand même autre chose que l’étang de Charmet-les-Eaux !
Comme dans les pubs Hollywood Chewing-gum, Pommeverte a toujours le sourire, fossette à l’appui, mèche de cheveux venteuse et mollets en action. Elle rigole dans l’effort et on croit qu’elle prend vraiment du plaisir à pagayer dans une eau à deux degrés, engoncée dans une combinaison humidifiée par la peur des précédents rafteurs.
Hilare et pleine de pep, elle ouvre la trace de ski de rando, dans la nuit noire, sans aucun problème apparent malgré la fondue indigeste et ses règles abondantes du moment. Collée à la paroi, elle semble rayonner et chantonne une mélodie printanière, tandis que ses compagnons de cordée halètent bruyamment en évaluant les 300 mètres d’à pic sous leurs chaussons d’escalade. Lorsque la caméra épie ses réactions dans le bimoteur qui la propulse à cinq mille mètres pour le grand saut, elle affiche un visage confiant et détendu, osant même le signe de la victoire du GI avant le largage sur Saïgon, tandis que ses quilles flageolent dans le vide céleste.
Pommeverte est une tête brûlée, une mercenaire, un GI (Garçonne Illuminée) en puissance subissant une préparation psychologique et physique intenses, la formant à un éventuel envoi dans l’espace par la Nasa, une mission en Irak ou l’Ironwoman d’Hawaï.
Des gageures susceptibles de l’attendre à n’importe quel moment au coin de la rue. Alors, il faut s’y préparer méthodiquement et surtout, sans relâche. Et pas question de tomber dans les pommes, GrannyBetty, sinon la médaille ne sera pas pour ta pomme !
Pommeverte est à la haute culture physique ce que les stars sont à la haute couture.
Elle n’achète ses fringues, son équipement sportif et son alimentation que dans des magasins spécialisés, et très haut de gamme, afin de garantir ses performances. Exit Démathlon, Gro Sport ou les rayons des grandes chaînes… trop d’à-peu-près. La prouesse ne supporte pas les imprécisions.
Pommeverte a l’air juteuse, mais elle est desséchée comme un trognon… trop de calories brûlées à l’entrainement et de sueur perdue.
Elle a l’air croquante, mais elle ne fait que craquer… la faute à ses nombreux traumatismes et à l’usure de ses articulations malmenées.
Elle a l’air goûteuse, mais elle a la saveur d’une pâte de fruits lyophilisée… rapport à son plan nutritionnel sévère.
Elle a l’air suave, mais elle est acide et pleine de pépins… chambre à air crevée, ligaments distendus, Camelbag fendu.
C’est ce que déplore son cousin Ralph, obèse et bon vivant, qui ne manque jamais de lui rappeler l’adage britannique : « one apple a day keeps the doctor away »… en rajoutant sur le ton de la riposte alimentaire :
Betty Grannysmith everyday and the boys run away.
Attention, Betty ! À force de rouler à fond de train dans le quartier et de jouer les reinettes, tu ne pourras jamais être cueillie à temps, ni épluchée avec envie par un golden boy.
Ce serait ballot de finir ridée comme une pomme au four, sans avoir pu profiter de celle d’Adam !
Alexandrine
