Plastique et esthétique, trop pratique !
Cliquetis de talons aiguilles résonnant sur le sol, machouillage bruyant d’un Hollywood à la fraise pour une haleine fruitée, cache-sexe moulant en guise de jupe, body rouge incrusté de brillants en cor(pas)sage, maquillage de feu signalisant la voie libre, seins défiant les lois de la gravitation universelle, cheveux savamment brushingués, bouche teintée, pulpeuse, légèrement entrouverte et exprimant la surprise, cuisses prisonnières de dim up en dentelles (c’est plus sexy, non ?), objets décoratifs clinquants ornant ses proéminences (toute ressemblance avec un sapin de noël ne serait qu’une grossière coïncidence), Amanda parcourt les couloirs, dossier en mains, révélant de véritables faux ongles, peinturlurés comme il se doit.
Il faut qu’elle se dépêche !
Elle accélère ses petits pas (sa jupe lui laissant peu de marge pour les grandes enjambées) et imprime à ses hanches un tangage rythmé, ondulant sans retenue, sous le regard baveux des comptables du premier étage.
Traversée de la salle de trading où elle sait qu’elle va faire son petit effet et harponner le prochain papillon de son tableau de chasse.
Elle bombe le torse, la guerrière, sûre que ses obus mettront le feu aux poudres; puis, elle allonge le pas en souplesse, filant, féline, vers l’ascenseur (cage d’appel à la fornication tant elle dandine son popotin en posant sensuellement son index sur le bouton).
Arrivée remarquée dans le groupe de gérants de portefeuilles (sur lesquels elle lorgne avec envie… les portefeuilles, pas les gérants) ; elle transmet le dossier par-dessus la grande table, en prenant bien soin de se pencher (bien qu’il n’y ait aucun balcon à l’horizon à l’exception du sien fort bien suspendu… attenzione, e pericoloso sporgesi !) ; elle cambre son admirable postérieur sous le nez supersonique du plus aguerri des avions renifleurs de femelles.
Depuis son plus jeune âge, Amanda sait qu’il existe un rapport incontestable entre la taille du nez et celle de la tête chercheuse de ces Messieurs ; et ce, pour avoir testé, à mainte reprises, cette théorie extraite de son magazine préféré, « Jeune & Sexy ».
Parfois Amanda pose des questions agaçantes, mais ce n’est pas sa faute, elle avait oublié la réponse.
De toute façon, c’est une fausse blonde ; alors, il faut arrêter de penser qu’elle ne réfléchit pas. D’abord, elle réfléchit de mille feux avec tous ses bijoux Claire’s et son nouveau fond de teint irisé de chez Marionaud (même que Sharon Stone l’utilise, na !).
Et puis, en plus, elle ne drague pas, elle communique (et non, ça ne veut pas dire qu’elle nique la communauté).
Amanda n’est pas une potiche, mais une fleur en pot.
Barbie Amanda n’est pas stupide, elle est juste mal informée
Barbie n’est pas une prédatrice, mais une observatrice.
Elle sait détailler les atouts de ses victimes potentielles en un clin d’œil (de biche, évidemment !).
Possédant une vision très parcellaire du corps humain, elle sait précisément localiser l’effet qu’elle produit sur la gente masculine, pourtant si peu encline à se laisser détourner par de simples appendices rebondis.
Car, comme chacun sait, l’homme est d’abord attiré par le regard de la femme, puis par sa beauté intérieure (celle que plébiscite Gilbert Montagné). Ensuite de quoi, il s’autorise à lui mater les nichons, le derrière et les guiches. Mais, jamais la première fois, promis, juré, craché ! Ce ne sont pas des animaux, tout de même !
Pourtant, certains disent d’Amanda qu’elle a du chien ; en vérité, ils lui prêtent des airs de chienne.
Barbie n’est pas inefficace, ni incompétente, elle est concentrée sur des parties parti-cul-ières de son cahier des charges.
N’est-ce pas pour cela qu’on l’a engagée, afin de décharger ces Messieurs le plus souvent possible ? D’ailleurs, elle a d’excellents entretiens d’évaluation ; car à ce petit jeu là, elle n’est jamais dans sa zone d’effort, mais toujours de confort… surtout sur le canapé design du 4e, dans le bureau du CEO.
Mais, attention, c’est une vocation. N’est pas Barbie qui veut !
A celles qui la regardent avec mépris (ses seules ennemies sont du même sexe et envient la collection masculine des siens), elle rétorque qu’elles sont simplement jalouses. Normal. La nature l’a dotée d’une formidable carrosserie, il fallait bien trouver des mécaniciens qui la bichonnent.
Et à voir la tête des mécanos, on peut vraiment s’interroger sur le véritable fonctionnement asynchrone de l’être masculin.
Soit sa cervelle travaille, soit son cerveau érectile prend le relais à la moindre sollicitation visuelle. Il lui est impossible de concilier les deux.
Et côté sollicitation visuelle, Barbie fait très fort.
En sus de ses tenues plus proches des négligés transparents, fourreaux à dentelles et leggings moulants, elle adopte la Barbie attitude en toutes circonstances.
Moue figée dessinant un cœur sur ses lèvres rosées, langue humidifiant parcimonieusement lesdites lèvres desséchées par la vilaine climatisation, arabesques capillaires régulières telle la sirène baignant dans les eaux turquoises, battements de cils sur commande, doigts agiles posés sur ses hanches, ses fessiers ou longeant négligemment son exubérante poitrine (il fait chaud, vous ne trouvez pas ?), soupirs intempestifs tenant plus de la chatte en chaleur que du surplus de travail, croisements/décroisements/croisades de jambes dans un crissement de bas soyeux.
Barbie est une artiste.
Elle met admirablement en scène son personnage lascif ou explosif, en suivant une partition interprétée avec brio.
Mélodie du bonheur avec le gestionnaire le plus fortuné, symphonie en la bémol avec le directeur des ressources humaines (il les incarne jusque dans sa chair, le brave homme), sonate d’automne avec le programmeur informatique qui défragmente son disque dur de manière binaire (dedans-dehors), arpèges nostalgiques et larmoyants avec le petit stagiaire à la gueule d’ange, mais trop loin du paradis (fiscal).
Barbie est une tacticienne.
Elle cible ses proies en choisissant astucieusement, dans sa panoplie de James Bond Girl, les outils les plus adéquats : minauderies imperceptibles face aux timides, rires exagérés aux gags désopilants de l’affreux auditeur du rez-de-chaussée, réserve feinte devant le client entreprenant, enthousiasme sur-joué en réponse aux suggestions bonasses de son chef, regard de braise et crocs de lionne pour accrocher le boursier tendu (révélateur de ses bourses – et pas celles de New-York – qui le sont tout autant).
Barbie n’est pas vénale, elle est éventuellement juvénile, voire vénéneuse.
Adepte de la roue de la fortune, elle sait admirablement faire tourner les petits fortunés en bourrique.
Plastique, esthétique, pratique, ludique, phallique, Amanda est une dangereuse barbie-turique lorsqu’elle est en tunique (en un mot, Messieurs).
Elle cherche toujours son Ken, mais l’horrible bellâtre aux allures homosexuelles s’est fait la malle avec le petit boudin intello du 3e. Quel con !
Pas grave, Amanda… profite de ton capital pour détourner celui des businessmen aux tempes et bagouses argentées.
Et puis d’abord, Barbie, ton corps t’appartient… aussi un peu.
De toute façon, c’est comme les belles pierres, pour qu’elles brillent, il faut les polir.
Ça tombe bien, Barbie adore les polissons !
Alexandrine

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