Plaidoyer pour le sourire de l’âme
Pourquoi toujours assimiler niaiserie et naïveté ?
L’une dénote limites et absence neuronale, l’autre, bien au contraire, ouvre les portes d’un jardin luxuriant.
Qui peut la mépriser hormis ceux qui en sont dépourvus ou à qui on l’a brusquement arrachée ?
La naïveté est ouverture, richesse d’écoute, soif d’apprendre de l’autre et de se donner à lui sans peur, ni résistance.
Qui peut se targuer d’avoir encore envie de croire ? En a-t-on seulement la liberté ?
La naïveté porte l’espoir du monde… celui d’un monde meilleur.
Je la revendique, car elle est synonyme de pureté, d’oubli de soi au profit des dires des autres, de pensées claires et limpides.
La naïveté est le sourire de l’âme et le miroir du cœur.
Elle ne connaît pas de détour, de chemins tortueux.
Ingénue, ingénieux, ingéniosité…
À quoi sert-il de s’en embarrasser sinon alourdir son fardeau intérieur ?
La naïveté est entière, se projette d’un seul jet et ne souffre pas la déchirure et les miettes hostiles d’une vision adulte modelée. Cela la rend aveugle.
La naïveté se vit ; elle ne s’apprend pas. Grâce à elle, angoisses et pensées sombres ne s’amoncellent pas sous les pas légers de celui qu’elle choisit.
Car, elle ne choisit pas n’importe qui.
Elle fuit les bien-pensants, les tourmentés au douloureux passé, les austères au devenir opaque, les remords aux sens aiguisés, mais au cœur malade, les petits périmètres, les prés carrés où se logent l’ineptie, la médiocrité et la méchanceté. Elle n’entoure de ses bras rassurants que les âmes jeunes ou vieilles qui accueillent la vie, comme la terre le soleil, la pluie pour s’épanouir, sans penser à demain.
Ni passé, ni avenir ; la naïveté s’inscrit dans l’instant suspendu à des lèvres.
L’étonnement sans valises à porter, léger, instantané, virevoltant au gré des brises, souriant à sa joie d’être, de découvrir sans cesse l’univers qui l’entoure avec amour, questionnement, sans remords, ni regrets.
Le naïf se fait rare ; il s’abandonne à vous comme la fleur au jardinier.
Le naïf est heureux et ne connaît pas la rancœur d’un monde qui l’a déçu, lâché en plein vol.
La naïveté est l’enfance. Elle est l’avenir de l’homme.
La naïveté ne s’acquiert pas, elle se consume. Elle ne subsiste qu’à travers les plus méritants, les âmes droites et braves.
Les tortueuses l’étouffent, les maniérées la dénaturent, les fourbes la manipulent, les frustrés la salissent.
La naïveté ne s’achète pas, elle s’offre à qui veut la prendre.
Alexandrine

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